Décembre

Si décembre et janvier ne font leur chemin, Février fait le lutin.

Programme : livre.22978

ecriture.22947Le mot de Lucette Roux ancienne présidente

L’Assemblée générale du CERGA et le Conseil d’Administration qui suivait, en date du 28 novembre 2013, se sont déroulés dans une ambiance très conviviale et constructive.

Je n’ai pas souhaité me représenter à la fonction de présidente et c’est ainsi que Dominique DANETZ a été élu pour me succéder; il devient le septième président que le CERGA a connu depuis sa création en mars 1988.

Je continuerai néanmoins à participer aux activités proposées par l’association (je reste vice-présidente), en particulier dans l’animation de l’atelier « Eglises romanes et symbolique ».

La continuité du CERGA est bien assurée, et Dominique Danetz fera un excellent président, je n’en doute pas un instant, dans cet esprit CERGA qui caractérise l’association.

Cette continuité qui semble aller de soi a bien failli cesser en 2010-2011, période où le CERGA connaissait de fortes turbulences; c’est pourquoi, après en avoir assuré l’intérim pendant six mois, j’ai accepté la présidence de l’association. Je n’étais pas franchement volontaire pour ce rôle mais personne n’a voulu s’y « coller »!

Entourée d’une petite équipe compétente, motivée et disponible, j’ai repris les choses en mains et les adhérents nous ont apporté leur soutien, inconditionnel pour les uns, plus mesuré pour les autres, que tous en soient remerciés.

Mes objectifs étaient de rétablir un climat plus serein entre les personnes, de  recentrer le CERGA sur ses activités de géobiologie tout en le maintenant ouvert sur des sujets annexes dans lesquels le CERGA ne perdrait pas sa crédibilité. Pour les activités de géobiologie, le cap était de préserver la base de notre enseignement et de notre pratique, à savoir la méthode Gilbert Fleck que nous améliorons et adaptons sans cesse. Cette méthode, contrairement à ce qu’en disent certains, est toujours aussi efficace et aussi pertinente malgré l’absence de poses de gri-gri ou de pierres vendus à des tarifs exorbitants et remplaçant souvent le travail fondamental.

Evidemment, et cela ne m’a pas procuré de satisfactions particulières ( !), il a fallu gérer des conflits de personnes, lutter contre des chasses plus ou moins gardées, supporter quelques grands enfants gâtés etc. L’expérience la plus marquante et la plus difficile restera l’échec de la formation avancée en géobiologie (PAG) dont voici quelques éléments : suite à la demande d’adhérents, en particulier de gens qui voulaient perfectionner leurs connaissances après le G3, nous avons monté une formation se déroulant sur l’année à raison d’une séance mensuelle collective venant en synthèse d’analyses géobiologiques sur le terrain réalisées à l’initiative des partipants, par petits groupes. Les candidats étaient 12 au départ. Au fil de la formation, et sauf pour quelques personnes qui ont bien joué le jeu et que j’apprécie beaucoup, nous avons déploré des absences plus ou moins justifiées, des conflits de personnes, des critiques sur la méthode, une ambiance pas toujours très saine, beaucoup d’exigences en particulier de personnes s’impliquant très peu. Or cette formation, qui était gratuite pour les stagiaires, exigeait du temps, de l’investissement et de l’énergie de la part des animateurs, tout en coûtant de l’argent au CERGA (frais de route des intervenants et honoraires de Claude SIEVERT). Et lorsque nous nous sommes retrouvés à 5 personnes dont 2 animateurs (à Ennezat en janvier 2013), j’ai décidé de mettre fin à l’expérience.

Heureusement, et dans le même temps, d’autres activités dans lesquelles je m’investissais me procuraient de grandes satisfactions : le groupe « églises », la sortie à Vézelay, les communications, les ateliers du lundi, la mise en place de la bibliothèque etc.

Deux ans et demi plus tard, je pense que les objectifs initialement définis ont été atteints. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur les activités de ce début d’exercice 2013-2014 ; nous constatons :

– une fréquentation soutenue : 20 stagiaires au G1 (on a refusé du monde), de 22 à 27 personnes à chaque séance de l’atelier « Eglises », 25 personnes lors de la sortie découverte de Saint-Nectaire, 18 à la méditation bouddhiste, une quinzaine à chaque séance de qi.mancie, 18 personnes à la sortie nature (surtout de nouveaux adhérents alors qu’il faisait mauvais temps), etc.

– une situation financière saine,

– un site web magnifique dû à Corinne Guyot.

D’autres chantiers commencés demandent à être poursuivis, en particulier celui qui concerne l’enseignement de la géobiologie au CERGA  dans les stages G1, G2 et G3 qui a besoin d’évoluer pour être encore mieux adapté aux demandes d’un public plus jeune et qui a des exigences. Le CERGA doit mieux mobiliser ses savoirs-faire , la richesse et l’expérience de ses géobiologistes et ne pas laisser tout la charge de cet enseignement retomber sur les épaules d’un seul animateur. Des progrès ont été accomplis comme nous avons pu le constater lors du dernier stage G1 mais c’est loin d’être suffisant.

Le CERGA est une association qui a un bel avenir dans la mesure où chacun de ses membres sera conscient que les intérêts privés et mercantiles ne peuvent en aucun cas primer sur l’intérêt général.

Je souhaite une bonne présidence à Dominique et le remercie d’assurer la continuité et l’avenir du CERGA.

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stambour.16914 Rendez-vous du mois :

GEOBIOLOGIE niveau 2 : Le 7 et 8 de 9h à 18h . Animateur : Claude Sievert.

Approche des lieux sacrés n°2 : Le 14 et 15 de 9h à 18h . Animateur : Romain Quinto.

Sortie nature : Du 21 à 15h au 22 à 12h . Animateur : Patrice Courtoy.

Poursuite des activités permanentes :imgres-3

Atelier :  Qi.mancie

Atelier :  Eglises romanes et symbolique

Atelier :  Géobiologie et radiesthésie

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ampoules  TRUCS ET ASTUCES  smouche

Mouches

Pour  chasser les mouches noires de votre plat de fruits,conservez les bouchons de liège de vos bouteilles de vin et mettez-les dans le panier de fruits.

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Le 7 novembre dernier Chantal Boisset nous a présenté le bouddhisme au cours d’une communication passionnante. Ainsi qu’elle nous l’avait promis, elle nous a fait parvenir le texte de son intervention et quelques images.

Quelques symboles du bouddhisme

 La Roue de la Vie.

roue vie La Roue de la Vie comprend quatre cercles concentriques. Dans le cercle central, qui forme le moyeu de la roue, se trouvent trois animaux : un coq, un serpent et un cochon, chacun mordant la queue de celui qui est devant lui. Ces animaux représentent les trois poisons de l’avidité, de l’aversion et de l’illusion qui contrôlent notre esprit et font tourner la roue de notre existence mondaine. À l’extérieur du moyeu se trouve un second cercle, divisé en deux segments égaux, l’un blanc et l’autre noir. roue vie 2La moitié blanche représente le chemin bon ou éthique qui mène vers le haut, vers des états de bonheur. La moitié noire représente le chemin mauvais ou non éthique qui mène vers le bas, vers des états de misère. Le troisième cercle est divisé en six segments représentant les différents « mondes » ou sphères d’existence dans lesquels, d’après le bouddhisme, les êtres sensibles renaissent constamment. Ces six mondes sont ceux des dieux, des titans, des esprits affamés, des êtres en enfer, des animaux et des êtres humains. Le cercle extérieur, qui forme la jante de la roue, est divisé en douze segments. Ce sont les douze nidanas, ou maillons du processus appelé « production en dépendance », ou « coproduction conditionnée ». Ils représentent en détail tout le processus de naissance, de vie, de mort et de renaissance. C’est la première grande image, le premier grand symbole. C’est ce que nous commençons à voir lorsque nous avons une vision de la nature de l’existence. Nous voyons la totalité de notre existence conditionnée mondaine tournant comme une grande roue – une Roue de Vie, une Roue de Mort – dans laquelle nous sommes pris, ainsi que d’autres êtres vivants. Nous voyons qu’en fait la Roue de la Vie est nous, est l’existence sensible conditionnée.

 Le lotus

lotusSymbole de l’éveil ou de la potentialité de l’Éveil chez les êtres, que ceux-ci soient encore recouverts de la fange de la passion et de l’ignorance comme un lotus dans la boue, qu’ils en soient partiellement ou pleinement sortis comme un lotus épanoui à la surface d’un étang, ce qui signifie alors qu’ils sont devenus des éveillés. lotus-Dans le Mahayana, le lotus symbolise la nature de Bouddha ou l’essence de Tathagata (sk. tathagatagarbha) qui demeure en chacun des êtres et peut se révéler au grand jour grâce à la Voie. Il est aussi le symbole de la véritable nature de tous les phénomènes, la vacuité ou Grande Mère Prajnaparamita, qui engendre tous les bouddhas. C’est pourquoi tous les bouddhas et bodhisattvas sont toujours représentés dans l’iconographie et la statuaire sur un siège ou un socle de lotus épanouis. Dans le vajrayana, le lotus devient le symbole de la connaissance et de la vacuité.

 

 Les Quatre Vérités des Nobles

Verite

 Le chemin de la cause

Une fois l’éveil atteint, le Bouddha est retourné auprès de ses premiers amis leur expliquer la racine de ce qui est à comprendre pour arriver à la libération définitive [Premier tour de roue du Dharma]. Ce sont les « Quatre Nobles Vérités » ou « Quatre Vérités des Nobles » : les vérités de la souffrance, des causes de la souffrance, de la sortie de la souffrance et du chemin qui mène à la libération de la souffrance. La compréhension et la réalisation profondes de ces quatre mènent à l’Éveil. Le bouddha dit à leur propos dans l’Ekottarâgama sutra : « …tant que l’on n’a pas réalisé ces quatre vérités, on n’est ni sage ni éveillé et l’on croupit longtemps dans les cinq destinées au sein de la roue tournante des naissances et des morts. » Voici quelques brèves explications au sujet de ces quatre :

La vérité de la souffrance

« Voici Ô moines la vérité sur la souffrance : la naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance, la maladie est souffrance, la mort est souffrance, le chagrin, l’affliction et l’aversion sont souffrance ; être uni à ce qu’on déteste est souffrance ; la séparation d’avec ce que nous aimons est souffrance, ne pas obtenir ce que nous désirons est souffrance ; les cinq agrégats englobant ce que l’on saisit, tout ce que l’on veut, tout ce que l’on dit sont souffrance. » Dans le Dharma, il est primordial de réaliser que l’existence conditionnée telle que nous la vivons est emplie de souffrance, de frustration. En entendant ceci, parfois les gens s’étonnent et pensent que non : nous expérimentons aussi du bonheur. Bien que ce ne soit pas faux, il est cependant important de regarder plus profondément ce qu’est ce bonheur (est-il durable ou temporaire ?) et ce qui constitue une vie. Sinon, ce peut être une entrave à la libération véritable. Riches ou pauvres, les gens souffrent. Qu’ils soient jeunes ou vieux, ils souffrent encore. S’ils sont pauvres, ils sont malheureux parce qu’ils sont pauvres ; s’ils sont riches, ils sont malheureux parce qu’ils sont riches… Donc en premier, nous sommes invités à réfléchir, à regarder afin de comprendre, de percevoir ce mal-être, cette inquiétude en filigrane, en toile de fond, cette tension qui imprègne toute existence. Mais pourquoi sommes-nous assujettis à cette souffrance, cette insatisfaction, à ce mal-être, à dukkha, pourquoi sommes-nous tendus, stressés ? Quelle en est la racine la cause ? Pourquoi sommes-nous si vulnérables ?

Les causes de la souffrance, du mal-être

« Voici Ô moines la noble Vérité sur l’origine de la souffrance : c’est la soif de l’existence qui conduit de renaissance en renaissance, accompagnée du plaisir et de la convoitise, qui trouve ça et là son plaisir, la soif du plaisir, la soif de l’existence, et la soif de la non-existence. » Cette souffrance existentielle prend racine dans ce qui est appelé « l’ignorance fondamentale » et dans la « soif » (l’avidité). Cette ignorance n’est pas une ignorance intellectuelle, le manque de culture par exemple, mais la confusion, la méprise liée à des vues fausses sur ce que nous sommes véritablement et sur ce que sont les phénomènes de ce monde. Cette ignorance, mère de l’avidité, nous entraine dans le cycle des renaissances conditionnées (samsara) où la souffrance est prépondérante. Qu’est-ce que nous ne discernons pas clairement ? Ce que nous ne réalisons pas profondément, c’est que rien ne dure, tout est impermanent et qu’au bout du compte nous sommes tous périssables, que tout est périssable. Et le problème c’est que dans ce monde fluctuant, nous cherchons un bonheur durable. Nous le cherchons dans ce qui est éphémère, et nous nous attachons à ce qui changera ou disparaitra un jour ou l’autre et nous souffrirons. Nous semblons prêts à beaucoup de choses pour obtenir du bonheur – cela semble bien naturel – mais par là même, nous accomplissons de nombreux actes : actes nuisibles qui font notre propre malheur et (ou) celui d’autrui, et des actes bénéfiques évidemment. Cette quête du bonheur se manifeste entre autres dans la recherche de pouvoir, de gains, d’amour, de sexe, de sensations agréables, par protéger ceux que nous aimons en rejetant ceux qui nous déplaisent ou nous gênent,  etc. Ce que nous ne voyons pas également, c’est que chaque chose s’élève dépendamment, en dépendance d’autre chose. Et nous sommes persuadés par exemple que tel ou tel objet est là, indépendamment du reste du monde : c’est ma tasse sur mon étagère, point barre…La tasse sur l’étagère est le résultat de multiples facteurs : combinaison de terre, eau, feu, peinture, travail du potier, échange d’argent, etc. dans 10 ou 15 ans, ou si elle tombe de mon étagère, que restera-t-il de cette tasse ? Cherchez et trouvez quelque chose apparu spontanément, de lui-même ou qui ne changera jamais, qui restera toujours là, toujours pareil …. Nous ne pouvons rien saisir, rien posséder définitivement – c’est assez déstabilisant quand on y réfléchit, n’est-ce pas ? Tout nous échappe… Mais il n’est pas question de se déprimer, d’avoir le moral à zéro après cette contemplation. Elle nous aide simplement à développer une vision claire et précise de notre situation. C’est en quelque sorte « faire le point ». Maintenant une bonne nouvelle, l’accomplissement de ce chemin :

La sortie de la souffrance

« Voici Ô moines la Noble Vérité sur la suppression de la souffrance : l’extinction de cette soif par l’anéantissement complet du désir, en bannissant le désir, en y renonçant, en s’en délivrant, en ne lui laissant pas de place. » Cette bonne nouvelle, c’est la libération, l’émancipation du conditionnement samsarique. Donc on peut s’en sortir. Nous en avons la preuve avec le témoignage du Bouddha et de bien d’autres êtres qui sont, eux aussi, devenus libres, heureux, éveillés. Ils se sont sortis de cette ignorance, ils s’en sont réveillés, et voyant la vérité, la réalité, ils ont lâché toute saisie, tout désir mondain, ils sont entrés dans la paix du nirvana. Le bouddha a décrit lui-même son éveil en ces termes : « paisible, profond, sans élaborations mentales, luminosité incomposée ».

Le chemin qui mène à la libération de ce mal-être

Maintenant que nous sommes conscients de l’omniprésence de la souffrance, de ses causes et que nous pouvons nous en libérer, reste le chemin à parcourir. « Voici Ô moines la noble Vérité sur le chemin qui mène à la suppression de la souffrance : c’est le noble chemin octuple qui s’appelle compréhension juste, intention juste, parole juste, action juste, moyens d’existence justes, effort juste, attention juste, concentration juste. » Pour cheminer sur ce « sentier », nous trouvons une profusion d’enseignements et de méthodes – la plus fameuse étant la méditation silencieuse. D’une manière générale, il est bon d’étudier les enseignements, les contempler et méditer. Il faut savoir que l’étude à elle seule ne peut libérer. Il est nécessaire de faire mûrir ce que nous avons étudié pour ensuite laisser la méditation s’élever. La méditation s’élève parce que l’étude et son intériorisation nous ont montré, nous ont éclairés le chemin. Méditer sans savoir où l’on veut aller, pourquoi et sur quoi l’on médite ne libère pas ; cela peut nous détendre, nous permettre de mieux nous concentrer par exemple sur notre travail, mais ceci reste limité. Il s’agit également d’appliquer nos compréhensions dans la vie de tous les jours, dans le quotidien. Ainsi vont se développer en nous les qualités éveillées.

 Le chemin dans la joie

Nous venons de voir le chemin intérieur à partir du constat de dukkha, du mal-être. Mais après avoir senti combien dukkha peut être lourd, nous pouvons lâcher-prise et après avoir lâché prise, nous réalisons en fait combien c’est léger, que notre esprit devient léger. Quel soulagement ! C’est alors que l’on parle de joie ou « piti ». Piti n’est pas simplement liée à une expérience agréable, elle nous amène à plus d’ouverture dans la vie, à s’éveiller. Nous sommes prêts à découvrir de nouvelles choses dans une ouverture d’esprit beaucoup moins conceptuelle. Cette joie peut faire revivre en nous tant de belles qualités qui se sont endormies. Et au-delà de piti, existe une qualité beaucoup plus stable appelée sukha – bonheur. Sukha signifie « tout est simplement parfait ». C’est le contraire de dukkha. L’esprit ouvert est sukha – bonheur; l’esprit fermé, étroit est dukkha – mal-être. Chaque fois que nous relâchons la tension, la joie apparaît. C’est tout simple. Chaque fois que nous nous détendons, l’esprit redevient joyeux. C’est la nature des choses. Cette joie, sukha, est la qualité de notre nature profonde (dite nature de Bouddha) parce qu’elle est inhérente à notre esprit. Dès que l’esprit est détendu, ouvert et vaste, il y a le bonheur, mais ce bonheur est une joie sans identification, sans saisie. Elle n’a pas d’autres causes. C’est juste une expression de ‘c’est comme ça’.

 Le vajrayana – chemin du fruit

Le Vajrayana (Tantrayana), est le prolongement naturel du Mahayana. Ses foyers en Inde étaient le Bengale, le Cachemire, les royaumes du nord-ouest comme l’Oddiyana, l’Inde du Sud et peut-être le Shri Lanka. Le vajrayana s’est ensuite développé au Tibet. L’approche du Vajrayana est dite « extraordinaire » par rapport à celle des sutras, car elle prend entre autres, le « fruit » comme chemin.

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A suivre … 

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Conte : La nuit de Noël ou l’étrange aventure d’un cornemuseux des Combrailles  

L’histoire qui suit m’a été contée par le Jacquillou, un joueur de cornemuse que j’ai rencontré dans les années 80. Il était déjà âgé et n’exerçait plus son métier de berger. Il vivait dans sa petite maison entre ses souvenirs et ses chats.

Bien des années plus tard, lorsque je me remémore les histoires qu’il me narrait, à défaut de m’interpréter des mélodies car l’arthrose était passée par là, j’ai toujours quelques difficultés à y discerner ce qui relevait de son vécu de ce qui n’était que le fruit de son imagination. Car avec le Jacquillou, on ne savait jamais où se situait la limite entre le vrai et l’affabulation. Il en était du reste conscient et en jouait avec son interlocuteur.

C’est en se rendant à un office de Noël qu’il lui arriva la drôle d’aventure qui suit.

Bonne lecture et joyeux Noël à tous.

                                  Jacques Roux

 La nuit de Noël,

Nous étions le vingt-quatre décembre et je devais ce soir-là, sur l’invitation du curé, me rendre à l’église pour participer à l’animation de la messe de minuit.

C’était pour moi un grand honneur que d’être convié à un tel évènement et je ne l’aurais manqué pour rien au monde. En plus, c’était le seul jour de l’année où j’étais autorisé à jouer de mon instrument dans l’église car d’une façon générale, on se méfiait des cornemuseux.

– Un instrument du diable, disaient certains.

A ceux-là, je répliquais que je n’étais pas que cornemuseux, que j’exerçais aussi la profession de berger. Et l’on savait bien que les bergers avaient été les premiers prévenus de la naissance de l’enfant . Et par qui ? Par les anges ! Alors, où était le diable dans tout ça ?

Le curé, qui était un brave homme, ne s’impliquait pas dans la polémique et me sollicitait sans arrières-pensées. D’autant que les airs que j’y interprétais, pratiquement toujours les mêmes, étaient des Noëls anciens que la foule connaissait et attendait. En leur absence, et pour beaucoup de gens, Noël n’eût pas été tout à fait Noël.

Après l’office, je terminais généralement la soirée chez des amis à manger des châtaignes et boire un verre de cidre.

La journée de cette veille de Noël avait été mouvementée car j’avais dû faire face à quelques situations imprévues. Un mouton s’était blessé à la patte ; il avait fallu le faire soigner. Le voisin m’avait appelé pour l’aider à réparer son toit qui venait d’être  endommagé par la chute d’une partie de sa cheminée ; il ne pouvait le faire seul. Bref, tout ça pour dire que je n’étais pas en avance quand je pus enfin me préparer à partir.

L’église, il faut se le rappeler, était située à environ une heure de marche de chez moi et à cette époque on y allait à pied.

Je prends donc mon chapeau et mon manteau, la cornemuse, j’allume la bougie de la lanterne et je pars. Seul, car tous les autres du village sont déjà en chemin. Et je me dis que pour gagner du temps, j’aurais intérêt à prendre le raccourci de la forêt. Certes, l’état du sentier est moins bon que celui de la route normale mais j’irai plus vite. Et puis, je connais bien les bois.

Aussitôt dit, aussitôt fait ; je prends la direction de la forêt en marchant d’un bon pas. Le froid est sec, il n’y a pas de vent. J’atteins rapidement la lisière; il fait sombre mais la lanterne éclaire bien le chemin.

L’humidité a rendu les pierres glissantes et je m’efforce de les éviter pour ne pas chuter. Mais après quelques centaines de mètres et malgré ma prudence, je ne peux éviter que sur une grosse dalle, mon pied dérape à m’en faire perdre l’équilibre. Pendant une fraction de seconde, je me dis que je vais m’étaler de tout mon long. Heureusement, et je ne sais par quel miracle, ma main droite agrippe une branche qui traîne par là et je me rétablis ! Mais dans l’action, j’ai lâché la lanterne qui s’est éteinte. Je la cherche à tâtons dans le noir et finis heureusement par la retrouver assez vite. Elle ne semble pas avoir souffert de l’incident; il me suffit d’en rallumer la mèche pour poursuivre ma route. Je fouille dans ma veste à la recherche de mon briquet.

Pas de briquet ! C’est incompréhensible !

Je cherche à nouveau sans plus de résultat avant de comprendre d’un coup : dans ma précipitation à quitter la maison, je l’ai laissé dans la poche de mon autre veston. La situation est simple à résumer : je suis seul, dans le noir, en pleine forêt, en hiver ; évidemment, personne ne sait que je suis ici et l’on m’attend à l’église.

Après avoir cédé quelques instants à un abattement et à une incompréhension légitimes, je me ressaisis :

– Jacquillou, me dis-je, c’est pas possible qu’une chose pareille t’arrive un soir de Noël alors que tu dois participer à la messe de minuit ! Non, non, c’est pas possible. Quelqu’un va t’aider ! Le Ciel va t’aider ! Oui, le Ciel et tous les saints du paradis ne vont quand même pas te laisser croupir au fin fond de la forêt alors que tu dois animer l’office du soir. C’est ça, ils vont t’aider. Aide-toi ! Le Ciel t’aidera.

Rempli d’une belle confiance, je reprends le sentier. Mais rapidement les difficultés s’accumulent. Mes yeux s’habituent difficilement à l’obscurité, je me cogne aux branches basses des arbres, mes pieds heurtent  les cailloux, je ne sais même plus si je suis encore sur le bon chemin. Ça ne peut pas aller plus mal. Je n’y arriverai jamais, je ne sais même plus où je suis !

J’en étais là dans mes sombres pensées quand devant moi, à une dizaine de mètres, une lumière a surgi. C’est une lanterne, et quelqu’un la tient ! Autant que je puisse le deviner, ce quelqu’un doit être un berger car il porte un grand manteau, un large chapeau et tient un bâton. Je ne le connais pas. Je voudrais lui crier «  Qui es-tu ? Est-ce le Ciel qui t’envoie ? » mais aucune parole ne peut sortir de ma bouche. Et quand je vois qu’il me fait des signes m’invitant à le suivre, je lui emboîte le pas sans hésiter. Plus tard, à ceux qui me demanderont si je savais où j’allais, je leur répondrai que non, mais que pouvais-je faire d’autre ?

Et nous voilà partis, moi suivant quelqu’un que je ne connais pas dans une forêt qui m’est devenue étrangère. Quand j’accélère la cadence, l’autre fait de même si bien que la distance qui nous sépare demeure à peu près toujours la même. Cela dure un temps qui me paraît très long. On monte, on descend, ça n’en finit pas.

Soudain sur ma droite, une lumière est apparue, suivie bientôt de trois autres. Elles se dirigent dans ma direction. Je m’arrête. Ce sont des personnes qui cheminent avec leurs lanternes ; et quand le groupe est assez près, je reconnais les gens du hameau voisin qui se rendent à la messe. Tu parles si j’étais content ! Je leur crie :

–  Braves gens, que je suis content de vous trouver là.

Mais les autres, qui ne m’avaient pas vu, prennent peur; les femmes crient tandis qu’un homme s’avançe en me menaçant :

– Si tu es un vaurien, je te préviens, j’ai un bâton solide !

Je lui réponds :

– Arrête, arrête, je suis le Jacquillou, le joueur de cornemuse, on se connaît !

L’homme a reconnu ma voix ; il se calme.

– Jacquillou ? Mais que fais-tu là dans le noir ?

– Je vais t’expliquer.

Je les rejoins, les salue amicalement puis leur narre brièvement ma mésaventure avec l’apparition miraculeuse du porteur de lanterne. Tout en se remettant de leurs émotions et en m’écoutant, ils me dévisagent sans rien oser dire. Je lis dans leurs yeux ce brin d’inquiétude qui caractérise celui qui ne demande qu’à vous croire mais qui ne le peut et qui craint surtout pour votre santé mentale.

Aussi je leur dis :

– Regardez, le berger que j’ai suivi est là devant nous.

Et je leur montre du doigt l’endroit où se trouvait mon guide il y a quelques instants.

Hélas, la lumière et le personnage ont disparu ! Et comme les cloches se sont mises à sonner, on se dit qu’il faut se dépêcher de rejoindre l’église et qu’on en reparlera plus tard.

Le curé, qui devait s’inquiéter de mon retard, nous accueille sur le parvis. Il semble soulagé de me voir. Je lui dis :

– Ah ! Monsieur le curé, si vous saviez ce qui m’est arrivé !

– Oui, oui bien sûr Jacquillou, me répondit-il, tu me diras ça. Pour l’instant, prends ta cornemuse et fais comme prévu.

Je sors l’instrument de son étui, gonfle la poche d’air, accorde rapidement les bourdons et entre dans l’église en jouant.

Je remonte la grande allée en interprétant  le petit Jésus est né. L’église est noire de monde et tous ces gens semblent heureux d’être là. Et tous me regardent ! Les yeux brillent. Quel succès ! Au bout de l’allée, je tourne à droite pour me rendre à la place qui m’est réservée près des choristes. Je passe devant la crèche dont les personnages font bien trois pieds de haut. Ils sont tous là, Joseph, Marie, l’enfant Jésus, les anges, les bergers. Un de ces bergers tient une lanterne et un bâton. Il est vêtu d’un grand manteau et d’un large chapeau. Il ressemble si étrangement à celui de la forêt que j’en suis troublé, d’autant que lorsque je le dévisage, j’ai l’impression qu’il me fait un clin d’œil !

La messe se déroule pleine de chants et de ferveur. Elle se termine par un  Il est né le divin enfant  que certains paroissiens chantent à tue-tête, heureux comme au jour de leur première communion. On me dira aussi plus tard que ce soir-là j’avais joué divinement. Je sais, faut pas jouer les orgueilleux, mais ça fait quand même rudement plaisir de l’entendre dire.

Quand tout est terminé et que la foule a quitté l’église, je demeure seul quelques instants à ranger mon instrument dans sa malette et je me remémore mon passage dans la forêt. Quelle aventure ! Cette lumière dans la nuit, c’était vraiment un miracle. Alors je remercie encore une fois le Ciel, les saints du paradis, et Joseph, et Marie, et l’enfant Jésus, et les anges, les bergers, enfin tous.

Avant de quitter les lieux, je m’arrête un instant devant la crèche ; c’est vrai qu’un des bergers ressemble fort à celui de la forêt. Je l’observe d’un air complice et lui dis :

– Si je raconte ça aux autres, ils ne me croiront jamais !

Alors le berger leva doucement son bras, posa son index sur ses lèvres et me fit :

– Chuuuuuuuut !

 FIN

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« Notre pouvoir ne réside pas dans notre capacité à refaire le monde, mais dans notre habileté à nous recréer nous-même. »  Gandhi

One Response to Décembre

  1. rousselet dit :

    Merci pour cette belle page de l’avent …bonnes fêtes à tous et que la nouvelle année qui s’annonce permette à chacun de nous de progresser sur son chemin.Merci au cerga et à ceux qui le font vivre !

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